Chapitre 33 en entier : "Nos cinq sens sont liés"

Publié le par Julia

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N
os sens sont bien reliés entre eux. La preuve, quand je m’apprête à prendre ce verre glacé que je vois devant moi, je m’attends à une sensation fraîche dans ma main, à toucher quelque chose de rond, et de lisse.

Quand je vois du coton, je sais quelle sensation ce coton va provoquer sur mes doigts.

Quand je vois une cigarette brûler, je m’attends à une odeur de tabac.
Et un plat qui sent bon provoque en moi une irrésistible envie de le goûter. Bref, la vue, le toucher, l’odorat, le goût et l’ouïe semblent bien reliés entre eux.


Oui… mais non !


Le philosophe Berkeley nous prouve, lui, que nos sens sont indépendants les uns  des autres. La preuve grâce à une fameuse énigme… celle de l’aveugle de Molyneux. Imaginons un aveugle de naissance qui, à la suite d’une opération, recouvre la vue. On lui présente une sphère et un cube. Serait-il à votre avis capable de dire quelle est la sphère et quel est le cube ? Autrement dit, retrouve-t- il par la vue ce qu’il discernait auparavant par le toucher ? Berkeley pense que non et il a raison.


Aujourd’hui, grâce aux opérations réalisées sur des aveugles de naissance, on a constaté qu’en effet ils ne pouvaient pas, sur l’instant, savoir lequel des deux objets était la sphère, et lequel le cube. L’expérience passée du toucher n’apprend rien à la vue sur son domaine propre, il n’y a pas de communication entre les sensations. Pourquoi ? Si la perception du toucher avait des points communs avec celle de la vue, on pourrait voir une qualité tangible et toucher une qualité visible, nous dit Berkeley. Cela reviendrait à voir par le tact, et toucher par  la vue… Absurde. Comme si on pouvait voir une odeur, goûter un son, ou toucher une couleur !

S’il y a une concordance entre nos sens, c’est simplement que nous les exerçons en même temps et que l’habitude les associe.
Prenons un exemple : si j’associe la matière bois à la couleur marron, c’est parce que l’habitude me montre du bois marron, mais rien dans le toucher du bois ne correspond en soi à la vision que j’ai de la teinte marron.

En plus de l’habitude, ce qui crée le lien entre les sens c’est le langage, nous dit Berkeley. Le langage pose une entité en disant « ceci est un cube », et par ce mot l’esprit associe les perceptions qui arrivent des différents sens pour n’en faire plus qu’une seule, correspondant à l’objet.

Donc, vous l’avez compris, « Nos cinq sens sont liés », c’est beau mais c’est faux ! Le cas de l’aveugle de Molyneux nous démontre que les sensations restent indépendantes les unes des autres, et que c’est uniquement grâce à l’habitude et au langage qu’elles s’unifient dans notre esprit.

 


« Que par exemple, un son et une
couleur se présentent en même temps à mon esprit, cela peut à la longue les lier dans mon imagination ; mais cela ne les fait point ressembler. »

Berkeley, Principes de la connaissance humaine.

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Commenter cet article

Florian 15/12/2010 16:07


Et ainsi apparu Lie Nos Sens ...


Helena Grantham 04/11/2010 09:47


Nos sens n'en sont qu'un, même si les apparences montrent parfois le contraire, même si la science n'a pas encore trouvé le sesame qui les relie...
Lorsque je dois localiser un bruit, j'ai besoin de fermer les yeux. Lorsque je dois goûter un plat, je réclame le silence autour de moi, mon toucher n'est pas le même les yeux fermés
qu'ouvert...
Cette histoire d'aveugle est un mauvais exemple pour parler du lien entre nos sens


centurion 26/06/2010 17:35


je ne suis pas vraiment d'accord avec ceci!